La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 114 – Février 2012

Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard


DE LAVAL À PONTMAIN
La Croix blanche des martyrs

Si Pontmain a été une fois encore le but d’un pèlerinage de nos amis de l’Ouest, c’est qu’il est réconfortant de se retrouver ensemble sous le regard de Marie Immaculée, qui là-haut dans le ciel de Pontmain sourit encore à ses enfants en entendant leurs suppliants “ Je vous aime, ô Marie ”. Encouragés par frère Bruno, ils étaient venus nombreux pour prier Notre-Dame aux intentions de la patrie plus que jamais en danger, de l’Église “ à moitié en ruine ”, sans parler de nos familles sans cesse agressées par le démon cherchant qui dévorer.

Mais priez, mes enfants,
 Dieu vous exaucera en peu de temps •
Mon Fils se laisse toucher.

 Ô ma Notre-Dame, merci...

NOTRE-DAME D’AVESNIÈRES

C’est à Laval que commença notre pèlerinage, le samedi 21 janvier, jour anniversaire du dies natalis des quatorze martyrs qui font la gloire du diocèse. Et c’est dans la superbe basilique romane d’Avesnières qui renferme leurs restes, que se révèle déjà le Cœur Immaculé de Marie en sa maternelle et royale Providence.

Au commencement était un saint ermite dont la tradition a retenu le nom, Berthevin, et sa grande dévotion à la Vierge Marie, attestée par un oratoire construit en son honneur. Un siècle et demi plus tard, en 1060, Guy, seigneur de Laval, tombe dans les eaux tumultueuses de la Mayenne. Se sentant perdu, il appelle Notre-Dame au secours : aussitôt, cheval et cavalier reprennent pied et accostent au lieu dit Avesnières, tout près de l’oratoire de l’ermite Berthevin. Le seigneur Guy fait alors le vœu d’édifier une église digne de Celle qui vient de le sauver. Il meurt avant d’avoir pu accomplir son vœu, mais ses descendants s’en chargent et obtiennent ainsi pour eux-mêmes et les générations à venir la grâce d’une fidélité, elle-même source jaillissante de nouvelles bénédictions. La fière basilique romane le proclame : Notre-Dame d’Avesnières est la Bonne Mère des Lavallais.

Lorsqu’au temps de sainte Jeanne d’Arc le château de Pontmain fut incendié par les Anglais naquit un curieux dicton populaire, consolant oracle de quelque saint ermite, probablement, analogue à celui prédisant que le salut de la France serait le fait d’une “ pucelle des marches de Lorraine ”. Ici, la prophétie du quinzième siècle n’est pas moins stupéfiante, annonçant ce qui se vérifiera à la lettre en janvier 1871 : « Quand Paris brûlera, le Pontmain se relèvera... »

 Au seizième siècle, les Lavallais élevèrent une splendide flèche renaissance au-dessus de la basilique, elle fut abattue par une violente tempête au début du dix-huitième siècle, signe avant-coureur de la révolution de 1789.

Pourtant, rien ne laissait présager que des hommes de sang et de haine puissent un jour imposer leur terreur à Laval et dans le Petit-Maine, tant la vie religieuse était fervente et vive la charité fraternelle qui unissait toutes les classes sociales.

Mais, par la faute du Roi, trop faible, par la malice de Satan, déchaîné, la Révolution l’emporta, et le sang des martyrs, gens de toutes conditions, laïcs et religieux, coula à flots. Un parmi des centaines, nommé Louis Chadaigne, cultivateur de son état, fut condamné avec sa sœur et sa fille pour avoir donné asile à un prêtre réfractaire. Sa fille monta à l’échafaud en invoquant le nom de Jésus, tandis que sa sœur chantait : « Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours... », en modifiant les dernières paroles du cantique : « Voici la dernière heure, qui va fixer mon sort... » Le clergé ne fut pas en reste, et quatre cents prêtres réfractaires furent arrêtés, emprisonnés un temps puis envoyés en exil ou au bagne. Restaient à Laval quatorze prêtres trop infirmes pour quitter la ville, c’est sur eux que la haine révolutionnaire s’acharna.

C’est dans le chœur de la basilique, au pied de la statue miraculeuse de la Vierge dressée à mi-hauteur, que reposent les reliques de ces saints martyrs. Une plaque commémorative, dans le transept, rend témoignage à « leur héroïque fidélité à Dieu et au Roi ». Nous fîmes procession en leur honneur en déambulant autour du chœur, avant de nous rendre, à travers la vieille ville de Laval, pleine de charmes pittoresques, jusqu’à l’église de la Trinité où nous attendait le curé en aube et étole.

LA TRINITÉ ET LA SAINTE VIERGE

Au centre de cette église qui, de paroissiale est devenue cathédrale, au moment de la fondation de l’évêché de Laval en 1855, un magnifique retable de style baroque, autant dire de Contre-Réforme, attire l’attention. On y voit dans les hauteurs, dans leur Conseil éternel, les trois Personnes divines se pencher amoureusement vers la Vierge Marie qui, au centre du tableau, est entourée des Apôtres. « La Vierge est au centre, Mère de l’Église, comme le voudra Vatican II », nous explique le curé. Hum ! Si les Pères conciliaires avaient considéré la Vierge Marie avec un semblable amour que les Apôtres représentés sur ce tableau, ils l’auraient proclamée Médiatrice de toutes grâces et Corédemptrice. Passons... La confiance revient quand le prêtre nous dit sa fierté d’être en cette église le successeur de « l’abbé Turpin Du Cormier, curé de la Trinité, qui en 1794 a été capable de professer sa foi jusqu’au témoignage de sa vie ».

Frère Thomas nous fit ensuite le récit émouvant de la dernière journée de nos martyrs. Jugés sommairement par des sbires avinés dont les plus haineux étaient deux prêtres apostats (!), pas un ne faiblit. Quand le dernier accusé, l’abbé Gallot, pria qu’on lui expliquât le sens du serment qu’on attendait de lui, « c’est, cria le président Clément, d’être fidèle à la République et de ne professer aucune religion, ni la catholique ni aucune autre.

Citoyen, répondit calmement Gallot, je serai toujours catholique.

Publiquement ?

Oui, publiquement, sur les places publiques, n’importe où, je me dirai toujours catholique. Jamais je ne rougirai de Jésus-Christ. »

Ce beau témoignage était l’aboutissement de toute une vie de fidélité et de dévouement. Nous nous rendîmes ensuite dans la chapelle consacrée aux martyrs, à l’abside de l’église. On peut y admirer le monument funéraire du premier évêque de Laval, Mgr Wicart, grand ami de Mgr Freppel. Ayant consacré son diocèse à l’Immaculée Conception, il eut le bonheur de reconnaître officiellement son apparition à Pontmain, le 2 février 1871 ; c’est lui aussi qui, le 20 janvier 1871 précédent, avait fait le vœu solennel de reconstruire la flèche d’Avesnières, si l’ennemi n’entrait pas dans la ville. La Sainte Vierge avait pris de vitesse ce bon évêque sans cependant lui enlever son mérite !

COURONNES ET CROIX LUMINEUSES

Après l’église de la Trinité, nous nous rendîmes à l’ancienne place du Blé, où une plaque garde le souvenir des quatorze martyrs avec celui du prince de Talmont, dernier comte de Laval, exécuté sur le même échafaud quelques jours après. Jadis une croix s’élevait à cet endroit « comme un monument d’expiation du passé et un gage de la persévérante fidélité des habitants à la religion de leurs pères ».

Frère Thomas nous raconta comment, le 21 janvier 1794, le ciel s’empourpra mystérieusement circonscrivant le lieu du martyre. Tous virent cette clarté, mais seul un jeune enfant, porté sur les bras de son père, vit en plus des couronnes descendre du ciel et briller au-dessus de l’échafaud à chaque tête qui tombait. Il les montrait du doigt et s’écriait avec ravissement : « Encore une couronne ! »

Un autre homme, M. Lebreton-Lacoudre, homme digne de foi, rapporta que, revenant de Bazougers pendant qu’on exécutait les quatorze martyrs, il vit, avec un de ses amis, des croix lumineuses qui paraissaient tomber sur la ville de Laval. Ce phénomène qui les avait grandement effrayés, cessa de les surprendre lorsqu’ils apprirent ce qui venait de se passer.

La journée s’acheva dans la crypte des Pères de la Cotellerie auprès des reliques de nos martyrs et d’autres encore. Frère Thomas y évoqua le sacrifice émouvant de trois innocentes et dévouées religieuses hospitalières... Le sang des martyrs est semence de chrétiens, c’est lui qui scella de nouveau l’alliance de cette belle province du Maine avec Jésus et Marie.

La nuit tombait, il était temps de reprendre les voitures et de finir cette bonne journée en nous rendant, non loin de là, dans une “ chapelle ” bien de chez nous. Après avoir joui de la rassasiante hospitalité du “ chapelain ” et de sa nombreuse “ communauté ”, nous nous rendîmes auprès de Notre-Seigneur à l’église du village, où frère Thomas ne pouvait mieux faire que de nous parler de notre Père. C’est grâce à lui que nous nous enthousiasmons de cette tradition admirable de sainte et doulce France, fille aînée de l’Église, qu’il ne s’est pas contenté de nous faire connaître et aimer, mais qu’il a prolongée par toute sa vie.

LE CURÉ DE PONTMAIN UN JOUR SUR LES AUTELS ?

Le dimanche matin, une petite marche pénitente, sous une pluie fine, attendait nos pèlerins. Il s’agissait de parcourir les cinq kilomètres qui séparent Saint-Ellier de Pontmain, en mettant nos pas dans ceux de l’abbé Michel Guérin, quand il fut nommé curé desservant de ce petit village si isolé du reste du monde.

À notre arrivée, les cloches de la basilique sonnent à toute volée, nous invitant à la messe. Après celle-ci, réunion traditionnelle à la grange des Barbedette, puis repas convivial tiré du sac à l’hospitalité des Sœurs. Après quoi, nous conduisîmes nos amis dans l’église du curé Guérin pour leur ouvrir le bon cœur de ce prêtre, leur faire connaître son zèle et ses œuvres innombrables, tandis que, par petits groupes, d’autres allaient visiter son presbytère récemment ouvert au public. Comme celui du curé d’Ars, la simplicité et la pauvreté n’enlèvent rien au bon goût, comme un reflet de l’âme religieuse du prêtre qui y demeura. Quelle joie d’apprendre que son procès de béatification est ouvert depuis peu ! Notre Père doit s’en réjouir, lui qui aimait tant ce “ curé aux bonnes vierges ”, comme on l’appelait familièrement parce qu’il n’avait eu de cesse que ses paroissiens aient tous à l’entrée de leur maison une statue de la Sainte Vierge :

« Mes enfants, la Bonne Vierge est dans vos maisons ; il faut qu’elle soit la maîtresse et que vous la serviez. Elle est au-dessus de l’église, parce qu’elle est la maîtresse de la paroisse nous devons tous la prier avec confiance et persévérance. »

Pas étonnant dès lors que cette paroisse ait été en 1871 l’objet des prédilections de la Sainte Vierge. Les trente-huit conscrits de Pontmain partis pour la guerre, dûment consacrés à Elle, revinrent tous au pays. Et puis, pour montrer que la fidélité du curé comme celle de l’évêque avaient touché son Cœur maternel et Celui de son Fils, elle leur adressa à chacun un signe, apparaissant dans un triangle de trois étoiles en l’honneur de Mgr Wicart dont les armes étaient trois étoiles surmontées d’une croix blanche, tandis que quatre cierges s’allumaient et encadraient son apparition, en réponse à la pratique instaurée par l’abbé Guérin dans la chapelle de l’Immaculée Conception de sa petite église.

Cet admirable et très réel échange d’amour entre le Ciel et la terre, nous eûmes plaisir à l’entendre jouer par les habitants de Pontmain, parents et enfants, dans la basilique. Là encore, joie de sentir que la piété a la priorité, prévenant tout écart. Cette rétrospective fut suivie du chapelet, des vêpres et du salut du Saint-Sacrement, sans que nous voyions le temps passer... Nous quittâmes la basilique, le cœur bien réchauffé par tant de piété. Mais cette chaleur toute surnaturelle n’aurait pas suffi à nous maintenir sur le parvis tant le vent y soufflait, glacial. La traditionnelle charité de nos amis y avait pourvu... Le dernier mot en nous quittant ? Un grand merci à notre frère Bruno pour leur avoir envoyé des frères... Et nous de penser : merci aussi à notre bien-aimé Père pour les merveilles de cette circumincessante charité divine qu’il nous a appris à voir, aimer, servir.

frère Philippe de la Face de Dieu.